Il est désormais interdit de boycotter
De plus certains des ces produits d'importation sont dangereux.... mais chuttttt..... pas de boycott.....
26/11/2010 à 06h51 - mis à jour le 26/11/2010 à 13h28 | 10130 vues | 260 réactions
Sources : Libération
Le pouvoir de dire non nous est refusé.
Michèle Alliot-Marie grande démocrate devant l'Éternel et le Grand Nicolas, par une simple circulaire, a privé le pauvre peuple des justiciables et néanmoins consommateurs de l’un des moyens les plus efficaces et les plus simples de son refus des abus de pouvoir des puissants.
La garde des sceaux d'alors ou dois-je écrire « sots », a donné un caractère délictuel à l'appel au boycott ! Il s'agirait, dit-on dans ce texte liberticide, d'un attentat sans nom, d'une «provocation publique à la discrimination envers une nation». Le ridicule ne tue pas et c'est très heureux, il n'y aurait plus grand monde dans nos ministères ….
La formule ne suffit pas à obtenir un petit sourire de satisfaction auprès de cette dame si facile à dérider pourtant. Il lui fallait des marques tangibles de considération et la chancellerie lui offrit les préliminaires qu'elle attendait. L'affreux, l'ignoble délit sera puni d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende, excusez du peu dans un pays où le salaire minimum est de seulement 1 347, 33 euros brut par mois.
Ainsi un pauvre smicard, menacé de licenciement économique qui appellerait à boycotter un produit fabriqué après délocalisation dans un pays lointain pourrait se voir gratifier d'une amende nécessitant 33 mois de salaire. Si ce calcul est un tantinet démagogique, il n'en demeure pas moins qu'en la circonstance, l'état prive un simple citoyen d'un moyen légitime de riposte face aux innombrables malversations officielles, légales et juteuses que pratiquent les puissants d'ailleurs avec l'assentiment complice de ceux d'ici...
Les sbires des ministères ne se contentent pas de pondre des lois ou des circulaires iniques. Ils se plaisent à casser toute velléité de la masse contre ce pouvoir mondial de l'argent et du commerce. En d'autre temps, une loi de cette nature eut provoqué une levée de bouclier. Mais de nos jours, les seuls boucliers qui se dressent sont fiscaux et ceux-là ne sont pas près de disparaître avec de tels valets aux manettes.
Le boycott d'un produit n'est plus un moyen légitime de protestation contre une nation. Non, le crime est bien plus grave, c'est du terrorisme économique, c'est une entreprise de déstabilisation d'un pays avec lequel la France peut parfaitement entretenir de juteux et profitables liens commerciaux. Le boycoot devient un crime contre l'ordre marchand du Monde globalisé.
À l'origine, ce texte s'inscrivait nous dit-on dans un but louable : combattre le racisme, le nationalisme et le sexisme. Il nous faudrait de longues explications pour comprendre le glissement sémantique qui a confondu ces nobles causes avec la préservation des échanges commerciaux internationaux.
On devine une fois encore un vaste plan de recul des moyens de pression. Le droit de grève de plus en plus réglementé. La liberté de manifestation a depuis pas mal de temps de nombreuses restrictions. Le citoyen voit son espace de liberté se réduire à peau de chagrin. Bientôt le droit de vote suivra pour que ces jolis messieurs-dames conservent le pouvoir.
Cette loi vise clairement à faire taire les citoyens confrontés à un scandale d'état. Celui qui voudrait appeler ses compatriotes à refuser d'acheter et ce n'est qu'un exemple explicatif, les produits chinois tant que les droits de l'homme en ce pays sont niés, contrarierait le représentant de commerce de l'Élysée, ce qui est déjà assez fâcheux, mais risquerait de se voir traiter en criminel et menacer d'être ruiné.
Vidéo humoristique
Boycottement leur.
la Chancellerie a eu cette idée extraordinaire selon laquelle tout appel au boycott des produits d’un pays n’était qu’une «provocation publique à la discrimination envers une nation»...
On a les victoires qu’on peut : Michèle Alliot-Marie a, il y a quelques mois, par une simple circulaire, commis un attentat juridique d’une rare violence contre l’un des moyens les plus anciens et les plus efficaces de la contestation des Etats par les sociétés civiles, à savoir le boycott. Le 12 février, la Chancellerie a eu cette idée extraordinaire selon laquelle tout appel au boycott des produits d’un pays n’était qu’une «provocation publique à la discrimination envers une nation», punie d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. Le ministère demande aux procureurs de la République d’assurer une répression «ferme et cohérente» de ces agissements.
Soyons justes : la paternité de cette brillante initiative revient au procureur général de Paris qui avait, dans son rapport de politique pénale 2009, suggéré que «les faits de boycott ou de provocation au boycott peuvent s’analyser, selon les espèces, soit en une provocation à la discrimination, soit en une discrimination ayant pour effet d’entraver l’exercice d’une activité économique». On peut rappeler les actions de ce type dans l’histoire : boycott du Royaume-Uni en 1930 initié par Gandhi contre la colonisation, boycott de l’Afrique du Sud dans les années 70 par les militants antiapartheid, boycott, à la même époque, par la communauté homosexuelle américaine d’une marque de bière qui refusait d’embaucher les gays ou, plus récemment, boycott des produits chinois par les soutiens de la cause tibétaine et des produits israéliens par les militants palestiniens… Pour l’ex-garde des Sceaux, il ne s’agit pas là d’entreprises de protestation et d’émancipation, souhaitables en démocratie, mais d’associations de malfaiteurs en vue d’attenter à la bonne marche du commerce, donc du monde.
La notion de discrimination ne peut s’entendre que d’une différence de traitement n’obéissant à aucun but légitime. Une action collective qui viserait à ne pas consommer de produits d’une entreprise parce qu’elle licencie ou délocalise sa production, ou d’un Etat parce qu’il maltraite ses minorités ne peut être qualifiée de discriminatoire, sauf à ôter aux consommateurs leur seul pouvoir, celui de ne pas de consommer n’importe quoi et n’importe comment. Que l’on se rassure : les Etats qui décideraient d’imposer un embargo à un pays étranger n’encourront pas les foudres de la loi pénale…
L’instrumentalisation d’un texte qui visait à combattre le racisme, le nationalisme et le sexisme est inadmissible, surtout lorsqu’elle vise à faire taire l’engagement citoyen. La circulaire en question, qui a su convaincre au moins un tribunal, constitue donc, pour la société civile, une régression d’une ampleur peu commune. Cette provocation s’est pour l’instant heurtée à un mur de silence. La pénalisation de la contestation est toujours une mauvaise nouvelle pour la démocratie. L’absence de contestation de la pénalisation, lorsque celle-ci ne répond à aucun autre objectif que celui de museler les peuples, n’en est pas une meilleure.