Propagande chinoise....... ou l'art de noyer le poisson....

Publié le par leventdelavie.over-blog.fr

Si ce n’est pas la découverte du siècle et que nous savons tout cela depuis pas mal de temps, ça à le mérite d’être dit par quelqu’un qui est dans le système..... donc pas du “on dit”. Et là encore on ne parle pas des 5 Maos, somme reçue par tout chinois pour poser des “posts” positifs au régime.......

  

Exclusif : l'interview de Sarkozy à Pékin qui n'aura jamais lieu

Marianne2 | Samedi 22 Janvier 2011 à 12:01 | Lu 4899 fois
 
Marianne2 vous propose les bonnes feuilles du livre « J’ai travaillé pour la propagande chinoise », essai écrit par Anne Soetemondt, à paraître le 27 janvier aux éditions du Moment.


Exclusif : l'interview de Sarkozy à Pékin qui n'aura jamais lieu
Plusieurs médias chinois recrutent des étrangers pour diffuser leurs programmes dans des langues différentes. Les plus gros pourvoyeurs de postes sont Radio Chine Internationale, le groupe télévisuel CCTV et l’agence de presse Chine Nouvelle. Théoriquement, l’enveloppe versée par l’État pour payer chaque expert est la même. Pourtant, comme je le disais plus haut, des différences importantes existent. J’ai été embauchée à RCI pour 9 500 yuans brut. La CCTV m’offre un poste de présentatrice pour 16 700 brut, presque deux fois plus. Une différence du simple au double, comment est-ce possible ? Difficile à dire. Les histoires de retenue de salaire tournent dans tous les services. L’argent doit disparaître à différents niveaux, et entre autres, au niveau de la section, comme semble l’indiquer cette anecdote contée par un collègue japonais. Isaka a souhaité mettre un terme à son contrat à durée déterminée de un an au bout de quelques mois. Lorsqu’il a annoncé sa décision à son supérieur, celui-ci lui aurait répondu : « C’est une question d’argent n’est-ce pas ? D’accord, nous allons faire un effort. Deux fois plus, ça te va ? » L’argent existe bien.
  
L’interview de Sarkozy
« Ah, je me suis fait harmoniser, s’écrit Michel ce matin. Par Luc ! » Se faire harmoniser, c’est se faire censurer. Hier, en enregistrant une émission, Michel a essayé de mettre un peu de vie dans le script en posant une question rhétorique aux auditeurs. « À votre avis, quel est le point commun entre Deng Xiaoping et Ma Ying-jeou ? » Le dernier mentionné n’est autre que le président taïwanais. Le statut de Taïwan est l’un des sujets délicats en Chine.

Officiellement, Pékin considère Taïwan comme un État autonome qui lui est lié conformément à la politique dite « d’une seule Chine » qui veut que la Chine soit « une et unie ». Pour Pékin, et donc pour les médias chinois, Taïwan, c’est la Chine. Certains partis politiques taïwanais s’appuient sur des éléments historiques pour revendiquer l’indépendance. Taipei entretient par ailleurs des relations diplomatiques parallèles avec vingt-trois États, bafouant la souveraineté proclamée de Pékin. La Chine refuse les échanges diplomatiques et commerciaux avec ces pays.

En évoquant le président taïwanais, Michel a effrayé notre collègue chinois Luc, chargé de réécouter l’émission avant diffusion.  Évoquer Taïwan, c’est risquer l’erreur. Il a préféré, pour ne pas s’attirer d’ennuis, couper le passage à la hache plutôt que de demander à Michel d’enregistrer de nouveau ou de vérifier. Tian’anmen, lieu qui pour les Occidentaux renvoie aux événements de 1989, n’est « que » la place de Pékin où a été proclamée par Mao Zedong la naissance de la nouvelle Chine le 1er octobre 1949.

Le massacre du 4 juin 1989 n’a toujours aucune existence officielle.
Liu Xiaobo, dissident, a comparu devant la justice chinoise en décembre 2009 pour son rôle dans la rédaction de la Charte 08, dont le but est de promouvoir la démocratie. Il a été condamné à une peine de prison encore plus lourde que prévue car il a été l’un des leaders du mouvement étudiant du printemps 1989. Des textes qu’il avait écrits à l’époque ont été joints au dossier lors de son procès de 2009. Ils ont fait office de circonstances aggravantes. Motus. Pas une fois au cours de l’année je n’ai vu une ligne sur ces textes et leur impact sur la sentence. Mais la Chine ne fonctionne pas non plus en circuit fermé. Des informations en dehors de la ligne circulent, notamment depuis l’étranger.

Dans le service français, il y a plusieurs télévisions. Quand elles ne sont pas réglées sur CCTV, elles diffusent TV5 Monde. Le journal Asie rythme nos matinées. L’édition d’aujourd’hui s’ouvre sur un reportage concernant le Xinjiang. En juillet, des émeutes ont éclaté entre les Ouïgours, peuple originaire de la région, et les Han, l’ethnie majoritaire de Chine, à Urumqi, la capitale. Elles ont été fermement réprimées.

Depuis, officiellement le calme est revenu, mais des attaques à la seringue contre des Han ont été signalées. Le reportage diffusé sur TV5 mentionne la « grande fermeté promise par le numéro 1 chinois, Hu Jintao, les centaines d’arrestations, et les probables exécutions ». Ces dernières ne sont pas mentionnées dans les textes que nous diffusons. L’abolition de la peine de mort n’est pas à l’ordre du jour dans le pays, mais les Chinois savent qu’il s’agit là d’un point d’achoppement dans leurs relations avec la communauté internationale. À la fin du reportage, Jocelyne, la chef des étrangers, numéro deux de la section, se lève et éteint la télévision, dans le silence. Michel me jette un regard.

Pour éviter que trop de reportages étrangers à charge ne filtrent, les autorités ont la main sur la télécommande. Plusieurs fois, la BBC ou TV5 ont été brouillées. Pendant le séisme du Qinghai par exemple. Le 14 avril 2010, un séisme d’une magnitude de 6,9 a secoué cette province isolée, proche de la région autonome du Tibet. Fortement critiquées pour leur gestion du tremblement de terre dans le Sichuan en 2008, les autorités redoutent un rappel des faits à l’occasion des nouvelles secousses, et brouillent pendant quelques heures les chaînes étrangères susceptibles d’être critiques. De nombreux sites Internet sont par ailleurs bloqués sur le territoire chinois. C’est le cas aujourd’hui des sites de partage en ligne (YouTube, Facebook, Twitter), de certains médias (RFI, BBC, la Deutsche Welle), mais aussi de sites hostiles au gouvernement chinois (Reporters sans frontières, Falun Gong, tibet.net, le site des Tibétains en exil). Un contrôle d’Internet qui a mis une fois l’une de mes collègues anglaises, Helen, dans une
situation délicate. Quelques jours près le séisme du Qinghai, son rédacteur en chef lui avait demandé de préparer une chronique sur les rites funéraires spécifiques des Tibétains, nombreux parmi les victimes. Difficile de trouver des informations, le mot clé Tibet actionnant les filtres. Les seuls sites auxquels elle arrivait à accéder étaient purement touristiques. La censure chinoise l’empêchait donc de travailler correctement pour un média d’État chinois. La censure et le contrôle de l’information ne se cantonnent pas aux dossiers sensibles. Ils se manifestent aussi par une terminologie figée et un style automatique, en matière diplomatique notamment.

« Le gouvernement chinois attache, du point de vue stratégique, de l’importance au développement des relations diplomatiques avec la Mongolie. La Chine est disposée à renforcer, avec la Mongolie, la coopération et les échanges entre les jeunes, afin d’assurer le développement stable du partenariat de bon voisinage et de confiance mutuelle entre les deux pays, a ajouté le Premier ministre chinois, Wen Jiabao. »
Un vocabulaire officiel et diplomatique que nous n’avons pas le droit de couper ni de réécrire pour le rendre plus digeste pour les auditeurs. De l’avis de mes collègues, le style est déjà terriblement mauvais en chinois. Les grilles de traduction sont fixées depuis des années. Les traducteurs ne font que les appliquer.
 
Exclusif : l'interview de Sarkozy à Pékin qui n'aura jamais lieu
« Parfois, je ne comprends même pas ce que cela veut dire » m’a confié un matin Julien. Ce jeune Pékinois d’origine de tout juste vingt-cinq ans a intégré le service un peu après moi. Il vient de terminer ses études de français. Il arrive chaque matin avec son sac à dos sur les épaules après quarante-cinq minutes de métro qui ne semblent pas le déranger. Sa discrétion m’a longtemps laissé croire qu’il était naïf. J’avais tort. « Tu sais, ce n’est pas toujours drôle, notre travail de traduction. Je m’endors presque en lisant, les textes sont toujours les mêmes. Au début, on apprend du vocabulaire français, ensuite cela devient automatique. » Julien jette un coup d’oeil derrière son épaule. Nous sommes seuls, il se lève et déclare pompeusement : « Aujourd’hui le ministre de l’Économie chinois a rencontré son homologue nigérian. Depuis soixante ans que des relations diplomatiques ont été établies entre nos deux pays, le ministre a dit vouloir hisser à un nouveau palier des relations qu’il a qualifiées de stratégiques. » Des pas résonnent dans le couloir. Pierre, le chef de la section française, est de retour. Julien se rassoit, après avoir intelligemment caricaturé un système auquel lui comme moi participons. Je lui adresse un rire complice.

Automatique et hypnotisant. À force de lire ces textes, la comparaison avec la novlangue du roman 1984 s’impose. Langue officielle d’Oceania, lab novlangue a été créée pour asseoir l’idéologie de l’Ingsoc, le système politique inventé par Georges Orwell : elle doit favoriser la parole officielle et empêcher l’expression de pensées critiques. Le langage de la propagande chinoise reprend les mêmes principes. Un vocabulaire policé, répétitif, destiné à
empêcher l’auditeur de mettre en doute le discours véhiculé
. La diplomatie chinoise suit des orientations précises, reprises systématiquement par les médias. Une manière de neutraliser toute réflexion ? Le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures par exemple. Pékin ne souffre pas que Washington, Londres ou Tokyo jugent ou dénoncent la politique intérieure chinoise. En échange, Pékin applique la même neutralité. Une posture qui lui permet d’entretenir des relations diplomatiques étroites avec des pays mis au banc de la communauté internationale comme le Soudan, l’Iran, la Birmanie ou la Corée du Nord. Bercés à longueur de journées par cette terminologie répétitive, il nous arrive souvent d’imiter les formules de la propagande entre collègues. Jean est passé maître en la matière. Italien d’origine, cet Alsacien en est à sa deuxième année à la radio. Il vit avec sa femme dans le même complexe d’immeubles que moi, à quelques pas de nos bureaux, dans le quartier de Babaoshan.

Journalistes de formation, Jean, Michel et moi discutons souvent de notre travail à RCI. Ma tasse et mes quelques feuilles de thé vert à la main, j’ai pour habitude de venir les trouver pour leur proposer une pause thé. Ils sont installés l’un à côté de l’autre en face de moi. Réfugié près du samovar géant de la salle fumeur du onzième, à quelques pas du service espagnol, Jean m’écoute souvent pester contre ce travail ingrat ou me révolter contre tel ou tel texte. Il a signé à RCI car il avait besoin d’air. Pendant plusieurs années, il a beaucoup donné pour le boulot, en France, et n’a pas compté ses heures. « Ici, nous travaillons peu, dans une ambiance appréciable. Aucune pression. C’est enviable. J’adore mon boulot, je peux faire des tas de choses en parallèle. »

Jean prend les choses avec philosophie. Il est venu s’essayer à un autre modèle et s’y plaît. Voici le mail qu’il a envoyé à ses amis un matin, une invitation à l’anniversaire de sa femme. Une compilation du langage chinois de propagande et une référence notamment à la CCPCC1, séquence importante de la vie politique chinoise, omniprésente pendant un moment dans les médias :

« Le porte-parole du ministère de la Propagande a annoncé que, afin de fêter harmonieusement l’ouverture des sessions régulières annuelles de la 11e APN et de la 11e CCPPCCCPCPPCCPC2, le Bureau gastronomique national de Chine tiendra un banquet payant aux avantages réciproques dans un grand hôtel du centre de Beijing, ce dimanche à 12 heures, heure de Beijing. »

On a appris que le banquet sera composé d’un buffet déjeunatoire, avec champagne à volonté. Selon le porte-parole, le lieu n’est pas encore choisi. Les camarades qui le souhaitent peuvent voter pour indiquer leurs préférences.

« La contribution s’élève à environ 400 kuais 3 par camarade, plus 15 % de don au Parti.

1. Conférence consultative politique du peuple chinois.

2. Référence à la CCPCC. Cf note ci-dessus

3. Autre mot pour désigner le yuan.

Les procédures imposant une réservation, le Bureau gastronomique national de Chine attend votre confirmation de participation et vos bulletins de vote relatifs à la localité privilégiée. Conjoints et amis sont les bienvenus, s’ils remplissent le formulaire concerné.

« Le porte-parole »
  
Jean a invité tous les Français de la section. Michel, Charlotte, arrivée mi-octobre, et moi. Française d’origine chinoise de vingt-huit ans, Charlotte vient, comme beaucoup, à la conquête de l’eldorado chinois. Elle veut améliorer son chinois et trouver l’idée ou décrocher le poste de rêve qui ne ferait pas mourir l’adage selon lequel « la Chine est le pays du futur ». Lorsque le mail de Jean est arrivé dans nos boîtes, des gloussements de rire se sont échappés de différents coins du bureau.

Autre particularité du système médiatique chinois : la tendance à valoriser les trains qui arrivent à l’heure. La Chine aime l’information positive, quitte à ce que le sujet ne soit pas accrocheur. Ça marche, alors on en parle : « La Chine a progressé dans la protection du patrimoine culturel immatériel. Un système complet et scientifique de projets protégés est en train d’être monté dans tout le pays. C’est ce qu’a estimé le vice-ministre chinois de la Culture Wang Wenzhang, le 2 juin à Beijing. Depuis la fondation de la Journée du patrimoine culturel en 2006, la Chine a lancé des formations, des colloques et des expositions. Ils ont permis à la population chinoise de prendre mieux conscience du patrimoine culturel immatériel chinois. »

Un message souvent tellement grossier qu’on peut décrypter la vraie actualité chinoise en lisant a contrario les nouvelles qui font la une. Lorsque par exemple l’agence de presse Chine Nouvelle nous fait parvenir des dizaines de dépêches sur la reprise du tourisme au Xinjiang ou au Tibet, il faut parfois en déduire que le gouvernement cherche à dissimuler un mécontentement qui gronde, une exécution ou une manifestation.

Exemple en septembre 2009. Les attaques à la seringue dans le Xinjiang font la une des pages internationales dans les médias étrangers. Au même moment, Radio Chine Internationale diffuse de bons chiffres de fréquentation touristique : « Dans certaines régions du Xinjiang, la fréquentation touristique retrouve son niveau d’avant les émeutes du 5 juillet. »
Lorsque la presse étrangère parle de surchauffe économique en Chine, de risque d’explosion de la bulle immobilière, j’ai des dépêches à corriger sur la fixation de limite à l’emprunt pour les couples mariés, mesure destinée à ralentir le marché.

Le plus curieux, c’est que les dépêches idéologiques sont en général les mieux traduites. Elles sont pourtant remplies de mots techniques rarement utilisés. Un jour, lors d’un voyage de presse, une de mes collègues chinoise a dû me traduire en simultané le discours d’un représentant local du PCC. Elle s’en est très bien tirée. Un lapsus, simplement : « Il est gauchiste », pour « il est gaucher »


 
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Publié dans Chine

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